Conduire...

...quelque part entre soi et l’autre.

Chaque matin, entre 7 heures et 9 heures pour les plus lève-tard, des centaines de milliers d’hommes et de femmes exécutent le même geste.

À la ville comme à la campagne, quels que soient leur âge, leur profession, la suite de leur journée, viendra ce moment où ils partiront de chez eux, fermeront la porte de la maison (ou de l’appartement) à double tour, descendront au parking (ou dans la rue) et prendront leur voiture. À partir de là, tout est possible…

Il y a ceux qui claquent la portière fort (très fort) et qui, à peine le contact enclenché, mettent le pied au plancher : regardant droit devant, ils foncent, sûrs d’eux – et que ceux qui en doutent s’écartent de leur passage !

Et puis il y a ceux dont la main tremble avant même de glisser la clé dans le contact, ceux qui hésitent, regardent dix fois dans le rétroviseur pour être sûrs d’avoir le droit de passer, qui se recroquevillent au fond de leur habitacle au moindre coup de klaxon – tant pis si c’est l’autre qui est en tort.

Les premiers pourraient tout chambouler sur leur route (et advienne que pourra), les seconds s’écrasent et s’excusent d’exister. Les deux conduites, on le sait, sont aussi dangereuses l’une que l’autre… Mieux vaut, en effet, arriver 5 minutes en retard dans cette vie que 50 ans trop tôt dans une autre. Comme il vaut mieux arriver tout court que de tergiverser toujours – et prendre le risque de voir avancer notre vie sans nous.

Or, entre les deux, se trouve l’immense majorité d’entre nous, ni totalement tout-puissants ni parfaitement effacés. Chacun, en réalité, conduit avec son propre dosage de ce à quoi il pense avoir droit et de ce qu’il pense devoir aux autres. Le droit de mettre la musique à fond, mais le devoir de rouler alors vitres fermées. Le droit de doubler, mais le devoir de respecter les lignes blanches, etc.

Au fond, au-delà même des strictes questions de conduite, notre relation à l’autre pourrait tenir en une seule question : qui a la priorité ? Lui, elle… ou moi ? Exactement comme pour le Code de la route. Sauf que là où la règle fixe un cadre clair, à l’intérieur de ses limites, c’est à nous de choisir : à quel moment dépasser, quelle route prendre, quelle puissance privilégier…

De la couleur de la carrosserie au type de moteur, conduire, au fond, c’est toujours choisir. C’est donc, toujours, s’affirmer. Mais, à moins de vivre en plein désert (et encore), c’est aussi composer avec l’autre – tous les autres, piétons et automobilistes. Prendre le volant, c’est prendre position… entre soi et l’autre. Toute la difficulté étant de trouver un mi-chemin qui rende le monde vivable pour tous.

Le sacrifice de soi comme la négation de l’autre ne peuvent conduire autre part que dans une voie sans issue. La route appartient à tous. Seul le vivre-ensemble peut la rendre praticable. À vous de trouver votre dosage.

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