Un trajet à deux

Pour se confier

Ils avaient une longue route devant eux. Et a priori pas grand-chose à se dire : ils se connaissaient si peu…

Ils avaient une longue route devant eux. Et a priori pas grand-chose à se dire : ils se connaissaient si peu… Elle l’avait retrouvé, comme convenu, sur la place de la mairie. Il paierait avec elle le plein d’essence et les péages, ce serait toujours ça de pris – sa bourse d’étudiante était décidément trop maigre. Pour tuer le temps, ils pourraient toujours se faire réviser leurs partiels. Joindre l’utile à l’utile, en quelque sorte.

Ce jour-là, ils n’ont rien révisé. Du tout. À quel moment ont-ils quitté l’autoroute ? Elle ne s’en souvient plus. Mais un chemin de traverse leur tendait les bras. Sans qu’ils s’en rendent bien compte, ils l’ont pris. Le plan, ils s’en moquaient – trop distraits l’un par l’autre, certainement. L’itinéraire du cœur est toujours sinueux, et ses virages sont délicieux : ils les ont épousés, sans hésiter. S’y sont coulés, sans réfléchir.

Ils avaient beaucoup trop de choses à se dire en fait… La nuit tombait, la lueur des phares éclairait à peine leurs visages. Dans la pénombre, ils se laissaient aller. De sa première dent à son dernier chagrin, elle ne pouvait s’empêcher de tout raconter, il adorait l’écouter. « Et toi ? Dis-moi, toi… » Elle lui lançait la balle, il la renvoyait. Ping-pong verbal sans balle de match, parce qu’alors tout se serait terminé.

Or le voyage ne faisait que commencer. À quelle heure arriveraient-ils en ville ? Ils s’en fichaient. Quatre ans plus tard au compteur, les mots sont inutiles. Le silence et le souvenir les lient. Le passé parle pour eux. L’un et l’autre regardent dans le rétroviseur. Ils voient le chemin de traverse s’éloigner. Pas le temps, pas cette fois.

Cette fois, il faut filer droit. Pincement mélancolique, bouffée nostalgique, mais le bébé dort, alors tout va bien. Elle demande : « Tu te souviens de la place de la mairie ? », elle sourit. Il répond : « Oui », il sourit. Le silence leur suffit. Ce silence-là, il est joyeux. Parce qu’il est plein de mots. Éclairs de lumière fugaces : de part et d’autre de la route, les voitures défilent, comme autant de témoins d’un amour qui dure.

Vingt ans plus tard, les enfants ont grandi. Ils sont partis. Quand ils prennent le volant, c’est pour aller les retrouver. Devant, la route est moins longue maintenant. Le voyage est passé si vite ! Regardant droit devant eux, ils imaginent la suite : prochaines vacances, prochaines escapades, une nouvelle petite-fille à naître, leur anniversaire à fêter… À deux voix, ils dessinent leur futur : les kilomètres qui restent sont précieux, ils le savent.

Combien de fois l’ont-ils prise, cette route ? Combien de fois les a-t-elle vus passer, parler, s’embrasser, se disputer, se réconcilier et s’embrasser encore ? Elle les a vus mûrir, elle les a vus s’aimer. L’un et l’autre nichés dans cette bulle à moteur, protégés de la folie d’un monde qui court toujours trop vite.

Bien des fois, il a voulu claquer la porte. Souvent, elle a mis les warnings. La bande d’arrêt d’urgence guette ceux qui ne prennent pas garde à eux. Ceux qui ne goûtent pas le voyage. Ceux qui oublient que le temps leur est compté. Ceux qui oublient d’en profiter pour se parler.

 
Pour un voyage en toute sérénité…
  • Avant de partir, pensez à faire le plein… d’émotions positives. Vous partez, peu importe où, peu importe pourquoi, mais vous partez ! Une rupture dans le quotidien est, en soi, salutaire. Alors laissez toutes les valises un peu trop lourdes (de reproches, entre autres) à la maison et goûtez ce bol d’air.
  • Un temps de trajet s’optimise, certes. Pas un temps de parole. Pour être libérateur, le dialogue doit être libre. Ne partez surtout pas avec une liste de sujets à aborder, au contraire : laissez-vous porter par la route. Qui sait, elle vous emmènera peut-être sur des terrains surprenants…
  • Plutôt que de forcer la parole, créez les conditions propices à son émergence. Un itinéraire bien balisé en amont, et l’on ne s’inquiétera pas de la route ; une playlist élaborée à deux, avant de partir, et les grésillements de l’autoradio ne seront plus qu’un mauvais souvenir…
  • Entre les bouchons et la météo, tout semble parfois contribuer à faire grimper la tension dans cet espace confiné qu’est la voiture. Lâchez prise et amusez-vous : emportez des jeux à faire à deux, des tests, des textes que vous vous lirez à voix haute. A minima, ils dégèlent l’atmosphère. Au mieux, ils déclenchent la confidence.
  • N’ayez pas peur des silences : ils ont parfois l’étrange pouvoir de nourrir notre imaginaire amoureux. Un regard furtif à votre compagnon de voyage, une caresse délicate sur sa main… Et vos sourires en diront long. 
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